Venez à la rencontre des anciens Revestois

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Les forgerons de Dardennes



Plusieurs forgerons nivernais arrivent au Revest à partir de 1746. Parmi les forgerons, on trouve deux lignées qui portent le même patronyme, Vincent, ont la même tradition de prénoms et viennent du même village de Cosne-sur-Loire dans la Nièvre et plus précisément de la paroisse Saint-Agnan. Sans que l’on puisse confirmer (en l’état) que ces familles soient alliées.

Les forgerons de Cosne

Madame de Sévigné, dans une lettre à sa fille Madame de Grignan, nous éclaire sur la tradition forgeronne de Cosne : en 1677, on y fabriquait déjà des ancres de marine :

« Hier au soir à Cône nous allâmes dans un véritable enfer, ce sont des forges de Vulcain : nous y trouvâmes huit ou dix cyclopes forgeant, non pas les armes d’Énée, mais des ancres pour les vaisseaux : jamais vous n’avez vu redoubler des coups si justes, ni d’une si admirable cadence. Nous étions au milieu de quatre fourneaux ; de temps en temps ces démons venaient autour de nous, tous fondus de sueur, avec des visages pâles, des yeux farouches, des moustaches brutes, des cheveux longs et noirs ; cette vue pouvait effrayer des gens moins polis que nous. Pour moi, je ne comprenais pas qu’il fût possible de résister à nulle des volontés de ces messieurs-là dans leur enfer. Enfin, nous en sortîmes avec une pluie de pièces de quatre sous, dont nous eûmes soin de les rafraîchir pour faciliter notre sortie. »

Au départ était Pierre Babaud de la Chaussade, né à Bellac en 1706. Jeune homme, il suit son père dans le négoce du bois pour la marine de guerre, avant de devenir maître de forges. Bien introduit à la cour du roi Louis XVI, il possède des forges et des bois dans le Nivernais. Il exploite la forge de Cosne-sur-Loire à partir de 1735 et assure son essor, avec un pic entre 1744 et 1781. La forge fabrique les ancres et accessoires métallurgiques pour la Marine royale, et fournit les ports de Brest et de Lorient.

Babaud devient le fournisseur quasi exclusif de la Marine royale. Mais, en homme avisé, il pressent dès 1777 le déclin de son activité et entame des négociations avec l'État, qui rachète les forges en 1781. Elles deviennent royales, tout en gardant leur nom, en hommage aux services rendus à la nation par Babaud de la Chaussade.

Nous avons donc là une tradition forgeronne spécialisée dans les ancres et appareillages de marine aux Forges de la Chaussade de Cosne. Est-ce à dire que ces forgerons nivernais sont venus apporter leurs techniques à la fabrique aux ancres de la côte méditerranéenne ? Peut-être, le transfert de technologie avait déjà eu lieu dans l’autre sens. En 1729, les ingénieurs de Rochefort demandent au ministre de la Marine de faire venir à Cosne pour la fabrique d’un nouveau type d’ancre de forme trapézoïdale des forgerons de l’arsenal de Toulon.

« Dès le mois de mars 1729, il avait été prévu d’envoyer à Cosne des ouvriers ancriers formés par le sieur Renou, entrepreneur de fabrique des ancres à Toulon. Le sieur Chesnay, que M. Mithon emploie dans l’arsenal de Toulon n’attend que l’ordre de partir pour Cosne, ce qu’il fait en juillet 1730. Le ministre l’annonce à Tassin en lui précisant qu’il a travaillé à Dardenne. »

Le forgeron François Vincent au Revest

Intéressons nous à la famille de François Vincent qui vit le jour vers 1733 à Cosne-sur-Loire. Sur son acte de décès au Revest le 6 décembre 1804, il sera mentionné qu’il est résident de la commune depuis 58 ans, ce qui nous ramène en 1746. François Vincent va se marier en 1749 avec une Revestoise fille de cultivateurs, Marguerite Vidal, alliée aux Artigue et aux Teissseire.

Nous avons pu identifier 174 descendants directs de François Vincent, sur 10 générations. Certaines branches sont plus détaillées, et plus longues, non que toutes les autres lignées se soient interrompues, mais elles se sont perdues, que les descendants aient quitté le village ou que ce soient les filles qui soient plutôt restées, ne permettant pas d’y pérenniser le patronyme. Et sous leurs noms de femme mariées, elles sont plus difficiles à pister… Sur Geneanet, plusieurs descendants contemporains de François Vincent ont publié leurs recherches généalogiques, ce qui explique que l’on puisse descendre sur 10 générations, malgré la limite légale des archives départementales.

Sur les 8 enfants du couple, 3 garçons (Edmé, Joseph, Alexis) seront forgerons, puis contremaîtres à la forge. Parmi les filles, Catherine épousera un maréchal ferrant et Marie un forgeron fils de forgeron. A noter que le père de François était déjà forgeron. Un des 8 enfants, Cézar, mourra jeune et nous n’avons trouvé que le nom des époux de Claire et de Catherine, nous ne savons pas si elles ont eu des enfants. Sur la génération 3, les 26 petits-enfants de François descendent de 5 de ses enfants.

Les émigrés revestois

Pendant la Révolution, 18 Revestois ont figuré sur la liste des émigrés. Parmi eux, Marie Vincent (génération 2) et son mari Nicolas Le Tellier, forgeron. Mais aussi un François Vincent, forgeron, que nous ne pouvons identifier avec certitude. Notre  François Vincent, Maître des forges de Dardennes avait en effet un homonyme, forgeron au Revest et natif de Cosne tout comme lui.

Les héritiers des forgerons

En 1827, après la fin des forges, les 3 fils forgerons de François étaient des propriétaires terriens à Dardennes (au sens large, car aussi aux Teisseires, à la Barbasse, et aux Forges). Au recensement de 1841, Edmé Vincent (génération 2) et deux de ses fils se déclarent encore forgerons à Dardennes. Son frère Joseph est adjoint au maire. En 1846, seules deux maisons du hameau de Dardennes abritent encore des Vincent : Joseph (génération 2) et sa femme Élisabeth Daumas qui ont 72 ans. Et Reine Théotiste, la veuve d’Edmé avec sa fille Élisabeth qui a 24 ans. En 1851, Reine, 71 ans, vit avec sa fille Élisabeth et deux de ses fils, forgerons, qui sont revenus vivre à la maison : Joseph, 32 ans et Aimé, 28 ans. (Génération 3)

En 1856, Reine, 78 ans, vit seule mais sa fille Élisabeth vit aussi à Dardennes, elle a épousé le boulanger Guillaume Alexandre Bonin et ils ont un petit garçon, Paul Gustave. (génération 4). Qui va se marier (avec Marie Reboul) ; ils auront 5 enfants (génération 5) qui grandiront à Dardennes. Parmi eux Paul qui a 14 ans travaillera déjà avec son père qui est devenu marchand de tissu.

Noël Vincent (génération 4), arrière-petit-fils de François, était maire du Revest de 1881 à 1882 et son nom est porté sur le mémoire de 1882 sur la tentative de détournement des eaux du Revest. Il était écrivain de marine et ne s’est pas marié.

Après 1901 et la famille Bonin, on ne trouve plus à Dardennes de descendant de François Vincent.

Et le patronyme se perd après la naissance en 1895 de Marius Gustave Vincent, nous sommes à la 6e génération, là. Enfin, en l’état actuel de nos connaissances.

Les jeunes gens d’alors se marient plutôt à l’intérieur de leur caste professionnelle : agriculteurs, meuniers, bûcherons, carriers ... et donc aussi forgerons.  Les filles de forgerons épousent des forgerons et les fils font souvent le même métier que leur père. Et quand il n’y a plus de forge, il n’y a plus de forgeron. Avec qui vont se marier les filles et quels métiers vont exercer les garçons ?

Quant aux forgerons … de nos jours au Revest, peut-on dire que Jean-Paul Maul demeure le dernier représentant de la tradition forgeronne avec son atelier d’armurerie médiévale ? Ou bien encore Francis Lanciaux, le métallier du quartier des Ponts : tout comme les forges de Dardennes de 1747, le travail s’effectue aujourd’hui autant pour l’arsenal (spécialisé dans les structures sous-marines) que pour le privé (avec des clients comme Aqualand ou Marineland).


Source ou propriétaireKatryne Chauvigné-Bourlaud pour les Amis du Vieux Revest (Bulletin 70 de janvier 2020)
Lié àDardennes, Le Revest-les-Eaux, Var, France; Jean Joseph Cadière; Alexis Thomas Cantuel; Jean Cantuel; Auguste Glaude Jouve; François Louis Jouve; Gilles Le Tellier; Nicolas Le Tellier; Jean Perruchet; Jean Baptiste Vidal; Alexis Vincent; Antoine Siméon Vincent; Denis Alexis Vincent; Edme Vincent; Edme Vincent; Édmé Vincent; François Vincent (Nom); François Vincent; Jean Vincent; Jean Vincent; Joseph Vincent Vincent

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